Où je découvre les game studies

Constat habituel : je ne blogue pas, pas assez, je laisse passer des sujets qu’à un moment je voulais partager, et pffuit les voilà déjà relégués au loin, l’idée est datée, plus une priorité, plus le temps ni la motivation de la développer, arrive une autre et rebelote la même chose.

J’ai un article en préparation sur les jeux Flappy Bird et 2048 dans lequel je prévois de montrer comment ils représentent à eux deux un tournant dans l’histoire du jeu vidéo bien plus important que ce que l’on croit. J’ai réalisé que l’article est au format de brouillon depuis près d’une année lorsque des sites d’information en ligne ont commencé à titrer des “Flappy Bird, une année plus tard”. J’ai bon espoir de le finir au jour, mais une chose est sûre : personne n’a encore osé l’angle poussif que j’ai adopté. C’est une mince consolation mais le constat est évident : dans la configuration actuelle, je ne vais pas poster plus de 4 fois durant l’année 2015.
Arrivé à une nouvelle étape dans ma vie (le doctorat est maintenant derrière pour de vrai de vrai), je vais tester sur ce blog une nouvelle approche. Le blogging n’exige pas le niveau de rigueur d’un article scientifique, il n’a pas grande valeur au-delà de celle ou celui qui l’écrit (à de nombreuses exceptions près), et de toute manière peu de monde va lire cet article, a lu les précédents, lira les suivants, et encore moins prennent tout ça au sérieux. Alors au lieu de conserver puis perdre ou abandonner mes idées, autant les partager dans des versions plus brutes, sans trop me soucier de qui est en train de lire ces lignes.
Prendre comme corpus pour ma thèse Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau a eu indirectement un impact fort sur moi. Ce texte était d’abord l’occasion de développer, de tester et de comprendre des méthodes originales, avant d’éventuellement apprendre quelque chose de nouveau sur le contenu des Confessions elles-mêmes. Seulement, il a bien fallu le lire, ce pavé qu’on m’avait offert il y a quinze ans déjà sans savoir à l’époque que je découvrirais son contenu avec autant de plaisir. Tout en codant, puis en analysant mes résultats, et finalement lors de la rédaction du texte de la thèse, mes réflexions étaient comme coincées dans un mode autobiographique. Même en m’étant interdit de tweeter durant cette période, les réflexes demeurent et à notre époque on ne s’observe plus seulement à travers son propre regard, mais constamment à travers ceux des autres (même si rien ne le relate publiquement). Voilà peut-être la raison de ce changement de ton aujourd’hui. Quoi de plus facile à rédiger qu’un journal de bord, que de lancer deux-trois idées et les laisser s’arranger tant bien que mal sans commencer son billet par réfléchir des heures à la structure parfaite qu’il lui faudrait mais en laissant la vacuité de mon écriture se dérouler.
Un de mes centres d’intérêt en ce moment, dont je parlerai dans le prochain billet (s’il y en a un !), concerne les jeux vidéo, ces objets culturels si mal appréciés dont les amatrices et amateurs sont souvent victimes de préjugés très forts. C’est un peu l’histoire de Yakari qui suit le bison blanc derrière la grande muraille de rochers : lors d’une conférence en 2014 au Texas portant sur les humanités digitales, on me fait découvrir l’existence de la conférence Replaying Japan mettant en relation des chercheurs japonais avec des chercheurs du monde entier sur le thème du jeu vidéo japonais. En effet, cette communauté est prolifique, mais fermée sur elle-même, et semble-t-il assez peu soucieuse de la diffusion de sa recherche vers l’international (en résumé : écrire en langue anglaise). La conférence tente de créer ce lien manquant et ainsi de permettre au reste du monde d’avoir accès à leurs travaux. Et voilà qu’on me propose de soumettre un abstract à cette conférence portant un regard scientifique sur ce sujet qui me passionne, et bien entendu se déroulant au Japon ! Au début de ma thèse, je jouais encore beaucoup, puis cela a fortement diminué (j’ai mis deux ans à trouver le temps de terminer Xenoblade Chronicles), avant de s’arrêter complètement lors de la rédaction entre septembre 2013 et avril 2014. J’ai été par moment un gros joueur (mon premier souvenir de jeu vidéo est un été passé sur Dark Castle avec mon père sans parvenir à le terminer), mais je n’avais aucune idée de comment étudier cet objet. Et pourtant, sur la base de ma présentation donnée à cette conférence au Texas, on m’encourageait à venir participer à la discussion.
En fait, l’étude des jeux vidéo (en anglais game studies) est ancienne en comparaison de l’histoire du jeu vidéo. Elle possède sa propre histoire/mythologie, ses propres stars, sujets de prédilections, etc., à l’instar des disciplines vouées aux analyses littéraires, cinématographiques, musicales, etc. Et tout comme le jeu vidéo emprunte à de nombreux arts existants, les chercheuses et chercheurs en jeu vidéo proviennent de tous les milieux, qu’ils analysent les effets sur la psychologie du joueur ou de la joueuse, les techniques de narration, la sociologie d’une compagnie développant des jeux vidéo, les jeux vidéo d’un point de vue philosophique, ou le contenu du code lui-même ! J’avais neuf mois à ma disposition entre cette découverte et la deadline de la conférence au Japon (31 janvier 2015… [update : prolongée au 20 février, c’est-à-dire après-demain…]), alors j’ai commencé à m’y intéresser, à essayer de comprendre de quoi il s’agissait et s’il y avait peut-être une place pour moi. Neuf mois plus tard, les livres s’entassent sur trois rayons de ma bibliothèque, j’en ai déjà lu une petite partie et je commence à voir où et comment je peux m’insérer dans ce champ – si le temps devait me le permettre – tout en accumulant des connaissances, en découvrant les questions de recherche que l’on traite et certaines que l’on omet de traiter.
Finalement, c’est avec un regret insurmontable que j’ai découvert lors du call for paper que les dates de la conférence ne me convenaient pas du tout. Fervent adepte du syndrome de l’imposteur (peut-être à raison !?), je suis un rien soulagé mais très déçu : tout ce que je suis parvenu à accomplir dans mes recherches l’a presque toujours été en me jetant dans le vide. En attendant une nouvelle opportunité de deadline, car c’est dans ces conditions que je travaille le mieux, je continue à lire sur le sujet. Suite à l’obtention de mon doctorat, je me suis offert une PS4, rapidement suivie d’une PS3 (logique). Amateur de longue date des machines de Nintendo (avec quand même un passage par la PS1 et la PS2, ainsi que beaucoup de jeu indie sur ordinateur), j’avais clairement vécu dans une bulle : ça va sembler stupide, mais je découvre qu’aujourd’hui il existe des jeux d’un réalisme incroyable, narrés de manière sublime, réalisés avec des cadrages fous. Et dont les propos ne s’adressent pas à des adultes-restés-enfants. Ce sont ces oeuvres matures dans leurs contenus et leur réalisation qui m’intéressent aujourd’hui… en attendant la sortie du prochain Zelda.
Donc, dans mes prochains billets, je tenterai de me faire la main dans les game studies (d’abord de manière très informelle) en discutant entre autres de The Last of Us, GTA V, Far Cry 4, Wolfenstein (il y a une scène de sexe dans le dernier en date…), Life is Strange. Et pourquoi pas enfin terminer ce délire autour de Flappy Bird et 2048.
 

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