Ne cessez pas la campagne anti-gripens maintenant !

Une votation critique s’annonce en Suisse. En effet, après l’acceptation de l’initiative sur l’interdiction des minarets et l’acceptation de l’initiative subtilement nommée contre l’immigration massive, nous allons voter sur une proposition de loi fédérale visant à l’achat de nouveaux avions de combat. Pourquoi comparer cette votation portant sur une loi fédérale avec deux votations concernant des initiatives populaires fédérales ? Pour les initiatives, de mémoire, le OUI était annoncé perdant par tous les sondages jusqu’à la votation, mais il ne cessa pas de grappiller du terrain dans les sondages. Les partisans du OUI travaillèrent à rattraper leur retard, les partisans du NON détournèrent leur attention vers les autres objets de la même journée de votation, où ils espéraient encore faire basculer la tendance (ou profiter d’une tribune politique encore disponible). Au final, dans les deux cas, le OUI ne gagna aucun sondage, mais fut accepté en votation. Les partisans du NON s’en mordent encore les doigts.

Ainsi, nous votons le 18 mai (2014) sur plusieurs sujets qui, d’après les sondages, sont déjà décidés. Par exemple, gfs.bern, en ce qui concerne la loi sur les avions de combat  :

Faut-il financer l’achat des vingt-deux avions de combat Gripen? Les sondés ont répondu non à 52%. Avec seulement 42% de soutien, le mécanisme de financement des appareils – combattu par un référendum du Groupe pour une Suisse sans armée, de la gauche et d’une alliance bourgeoise – semble compromis. L’institut gfs.bern note de plus que, pour cet objet, la formation des opinions est déjà avancée (6% d’indécis), rendant peu probable un retournement de situation.

[Source : rts.ch et échantillon de 1209 personnes. C’est moi qui mets en gras.]

La “Loi fédérale sur le fonds d’acquisition de l’avion de combat Gripen” prévoit l’achat de 22 avions de combat pour plusieurs milliards de francs suisses (subtilités du langage politique : le gouvernement n’aura besoin de trouver “que” 3 milliards, tandis que les opposants mettent en avant une dépense de 10 milliards sur 10 ans). Elle a été acceptée par les deux chambres, à majorité à droite, puis combattue par un référendum qui a réuni facilement les 50’000 signatures nécessaires. Pour un contexte du déroulement politique qui a abouti à cette loi, je recommande la lecture de l’article d’Yves Petignat dans l’édition du Temps du samedi 18 février 2012 [derrière un paywall, désolé…].

Ce qui nous intéresse dans ce billet n’est pas le bien-fondé ou non de cette loi, mais l’influence des sondages sur le déroulement de la campagne et du vote (car les bulletins de vote sont envoyés à domicile environ quatre semaines à l’avance). Aujourd’hui, cet objet est déjà considéré comme refusé, et il semblerait qu’il n’y ait plus que le conseiller fédéral responsable du dossier qui y croie. Sauf que la campagne du OUI est devenue omniprésente, en ligne, dans les médias, dans la rue, mais aussi avec un tout-ménage [dead link] absolument décomplexé dans lequel apparaissent trois conseillers fédéraux. On entend même à nouveau le désormais célèbre argument (qui semble très bien fonctionner) : “si le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) soutient le référendum, c’est que derrière cette votation se cache une conspiration visant à supprimer l’armée, parce que c’est dans leur nom“.

Le OUI est en train de monter en force, et mon sentiment personnel est qu’il va passer devant. On l’observe par exemple en compilant les six sondages disponibles jusqu’à aujourd’hui (en tout cas ceux que j’ai réussi à obtenir via des citations dans les médias, parce que les instituts de sondage ne les communiquent pas au public) :

Partisan du NON à cette loi, j’espère sincèrement me tromper. Et si je ne me trompe pas, alors il faudra m’expliquer pourquoi on ne tient que trop rarement compte de l’évolution de l’opinion à travers tous les sondages disponibles, et pas juste à partir du dernier.

PS. Si vous remarquez des erreurs dans le fichier source, ou que vous connaissez un sondage que j’aurais oublié, merci de me les signaler !

[UPDATE 2014/05/03] Claude Longchamp, directeur de l’institut gfs.bern, m’a fait remarquer le sondage 20 minutes paru après la publication de ce billet. Les nombres diffusés sont des projections au 18 mai basées sur les questionnaires reçus, je l’ai donc retiré :

Je persiste à penser qu’il ne faut pas baisser les bras, mais j’ai besoin espoir d’être bientôt soulagé de m’être trompé.

[UPDATE 2014/05/04] Prise en considération du sondage Isopublic de ce jour, dont les résultats sont très proches du sondage gfs.bern d’avril.

[Note 2014/05/05] Le premier “sondage” Vimentis est un communiqué sur des résultats préliminaires. (Il me manque toujours le score du oui, d’ailleurs.)

[UPDATE 2014/05/07] Nouveau sondage gfs.bern : le NON a baissé d’un point, et le OUI est monté de deux points.

[FINAL UPDATE] Vu le nombre de visites sur cet article, on peut supposer son impact sur la votation comme étant nul. J’ai ajouté au graphe ci-dessus le résultat négatif de la votation, plus fort que dans les derniers sondages, qui, donc, ont très bien fonctionné, les indécis s’étant équitablement partagé entre le OUI et le NON.

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